La ballade des grottes ornées

04 septembre 2019

Rouge Covalanas - Cantabrie

 

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Il pleut sur Ramales de la Victoria, la traîne des nuages s'accroche aux montagnes environnantes que dominent la Peña de la Busta et le Pico San Vincente. Au-dessous des arrêtes rocheuses, une pente arborée, très verte et très raide.

Nous ne sommes que trois, ma fille, la fille de nos amis et moi, je n'ai pas réussi à prendre plus de place, la visite est limitée à sept personnes. D’ailleurs, à l’entrée du chemin d’accès un panneau indique qu'il est inutile de grimper si l'on a pas réservé. Les visites, comme il y a deux jours à El Castillo, sont complètes.

Forcément nous sommes affreusement en avance, je suis incapable de faire autrement. Mais contrairement à El Castillo, il y a une assez grande distance à parcourir entre la route et la grotte elle-même. Un sentier large et terreux sur lequel dévale l'eau de pluie en un petit torrent monte régulièrement sur près d'un kilomètre. Nous croisons, abrités sous nos parapluies, quelques personnes qui descendent, sans aucun doute la dernière visite.

Le caractère sauvage du paysage, la bruine, le silence, tout m'enchante dans cette montée, et comme à chaque fois je me demande si la magie va fonctionner à plein, si les promesses seront tenues, la découverte à la hauteur. J'ai visité ma première grotte ornée en 2006, ce fut Rouffignac, Covalanas est si je ne fais pas erreur la seizième.

Magique, cet automne 1903 le fut assurément où Hermilio Alcade del Rio que les photographies nous montrent comme un savant à barbiche au visage avenant, et qui fut le Breuil de la préhistoire espagnole, découvre coup sur coup, ou du moins invente -et je préfère ce terme qui rappelle que les cavernes étaient connues mais qu'on n'y voyait rien de l'art pariétal, on creusait les sols, on collectait les outillage lithiques- Covalanas le 11 septembre -en compagnie du père Lorenzo Sierra, l'un de ces multiples abbés dont l'exploration des cavernes ornées se nourrit, qui était professeur au collège de Limpias quelques kilomètres au nord- puis Hornos de la Peña le 27 octobre, et enfin El Castillo le 8 novembre, trois sites majeurs de l'art cantabrique.

Hermilio n'avait pas quarante ans, archéologue, il était venu à l'art pariétal l'année précédente lors d'une exploration d'Altamira en compagnie de Breuil justement et d’Émile Cartailhac l'autre grand préhistorien du début du vingtième, celui même qui avait réfuté en 1879 l'authenticité des peintures d'Altamira avant de se raviser en 1902 dans son « Mea Culpa d'un sceptique ».

Tout était neuf, pas même vingt-cinq ans que Sautuola avait découvert les bisons, on l'avait traité de faussaire et il en était mort en 1888. La Mouthe et Pair-non-Pair avaient moins de dix ans et les sceptiques étaient encore les plus forts. Ce n'était qu'en septembre 1901, deux ans à peine auparavant, que les découvertes successives des Combarelles et de Font de Gaume avaient d'évidence montrée l'authenticité de l'art pariétal.

C'est à quoi je songe en gravissant la pente qui mène aux parois de Covalanas. Les filles derrière grommellent, maudissant dévers et grotte sous leur parapluie. Nous atteignons un replat, une pancarte explique le vaste panoramique bouché par les nuages qui s'étire devant nous. Le chemin bordé d'une barrière finit dans la falaise. Collée aux rochers, une structure étrange faite de bois vernis et de métal, sorte de double hutte trapézoïdale, sert d'accueil. Une jeune fille nous souhaite la bienvenue et nous propose d'entrer, une deuxième est à l'intérieur, où se trouvent aussi les toilettes et l'espace de vente qui dans les grottes de Cantabrie propose toujours les mêmes livres, les mêmes breloques, reproductions de Vénus ou d'art mobilier, flèches, silex, bois gravés en résine.

Il faut attendre un peu, nous dit-elle, une famille va nous rejoindre.

 

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J'en profite pour ressortir. Les arbres dégouttent lentement et la falaise fait un nez qui cache l'entrée de la grotte. Là se trouve la bouche, l’entrée de la caverne, une grille, un mur sur toute la largeur et deux portes vertes. Celle de gauche ferme la Galerie de la Musique, ainsi nommée parce qu'elle a servi il y a plus d'une trentaine d'années de lieu se spectacle pour le Festival International de musique classique de Santander.

Dans cette galerie longue de 85 mètres et qu'on ne visite pas, la seule trace d'art pariétal est une sinueuse ligne rouge.

À la porte de celle de droite, la Galerie des Peintures, sont suspendues trois torches qui rappellent que la grotte n'est pas électrifiée et se visite en quelque sorte dans son jus. Cette porte est encadrée de deux plaques, l'une imposante, dorée, indique que l'art paléolithique Cantabrique a été classé patrimoine de l'humanité en 2008, l'autre, plus terre à terre, signale le sol glissant à l'intérieur de la cavité.

Cette entrée modeste et belle me fait penser à Pair-non-Pair.

Nos compagnons de grotte se faisant attendre, et pour ne pas décaler les horaires, notre jeune guide décide de commencer. Elle ne parle pas français et s'en désole alors que son espagnol, clair et concis ne sera jamais un handicap durant l'heure et demi que durera la visite. Avec nous, elle prendra tout le temps nécessaire pour expliquer chaque peinture. Contrairement à El Castillo, je ne ressentirai jamais de frustration dû au rythme imposé, peut-être parce que Covalanas, la grotte des biches rouges est une sorte de couloir d'une centaine de mètres où seul une vingtaine de figures sont visibles, aisément identifiables et d'une unité remarquable car toutes d'une même couleur, utilisant la même technique, et l’œuvre d'un unique artiste pense-t-on.

Nous passons la grille, elle me tend une des torches et ouvre la petite porte qui protège l'accès. La salle est basse, au même niveau que l'entrée, sans concrétions particulières, y dominent des gris, des jaunes et quelques taches noires témoignages d'occupation du bas moyen-âge aux guerres carlistes du XIXéme .

À l’entrée, on a maçonné en petites pierres plates, un puits de drainage sensé recueillir l'eau qui s'infiltre lors des périodes de pluies, mais aujourd'hui la grotte me paraît sèche. On distingue, faisant le tour de la salle, la ligne plus sombre de la hauteur du sol à la découverte de la grotte. Il a très peu été remanié, ici dans l'entrée on a excavé un mètre d'épaisseur, mais au-delà, il est à la hauteur où il était lors de la réalisation des peintures, et au pied de la roche il est parfois intact et d’origine.

Dans l'épaisseur du sol excavé on n'a pas trouvé grand chose en terme de silex ou d'os, Covalanas n'était pas une grotte d'occupation mais plutôt un sanctuaire. La grotte d'occupation, on l’a vu, est à peine plus bas sur la falaise, c'est El Mirón.

Par un étranglement, nous pénétrons dans une deuxième salle. Dans celle-ci, encore peu profonde, beaucoup de traces noires sur les parois et au centre, deux curieux stalagmites font comme des piliers naturels. Pas encore de peintures pariétales. C'est le moment que choisissent les retardataires, une famille avec enfants pour nous rejoindre, et ça tombe bien, dit la guide, puisque c'est maintenant que nous allons découvrir l'art de Covalanas.

Dans le couloir que fait la grotte, en une quinzaine de mètres à peine, est concentré l'essentiel des œuvres. La guide nous arrête pour la première fois, nous place de façon à voir la paroi de droite. Nous avons parcouru environ soixante mètres depuis l'ouverture, la grotte couloir n'est plus large que de deux mètres, c'est peu, mais ça laisse encore de recul pour examiner un côté puis l'autre.

Ce qu'elle nous montre, ces tracés à hauteur d'homme de couleur rouge très estompés à cet endroit, on y reconnaît immédiatement deux quadrupèdes l'un derrière l'autre, leur long cou est tourné vers les profondeurs de la grotte mais le premier que nous apercevons semble le relever et humer l'air, observer le danger environnant tandis que celui qui précède, dont la ligne du cou est indistincte du dos regarde vers le sol. Les têtes sont très visibles, fines, le museau allongé et les oreilles dressées que je pense alors être des bois parce qu'elles sont représentées simplement d'un signe V. Pas de pattes, juste la ligne du dos, parfois la croupe, et l'utilisation des formes et des saillies de la roche pour compléter le dessin, imaginer les membres inférieurs ou la ligne du ventre. Comme souvent la place, la position de l'animal n'est pas choisi au hasard, l'artiste nous révèle une forme déjà inscrite dans la roche, tout au plus il lui permet de surgir, d'être visible. Cet art est un art de voyant et en Cantabrie, il y a vingt mille ans, on voit surtout des biches, ce sont elles que l'on trouve très majoritairement dessinées dans les grottes à pointillés rouges, elles et parfois un cheval, un bovidé... un bestiaire finalement très restreint.

Même si le tracé rouge a perdu de son intensité on comprend immédiatement la technique utilisée, celle du trait ponctué que l'on retrouve dans plusieurs autres grottes cantabriques et qui d'après les spécialistes est spécifique à la région. Précisément, du pigment rouge obtenu par l'oxyde de fer, appliqué avec les doigts ou muni d'un tampon, en une ligne de points plus ou moins rapprochés. Parfois la ligne semble continue. Parfois les points sont assez espacés, mais toujours de de façon à rendre la figue lisible. C'est donc des silhouettes sans détails intérieurs que nous voyons, et la guide nous montre une reproduction de lampe à graisse avec laquelle on s'éclairait il y a vingt mille ans. Elle imite avec sa lampe ce que devait être la lumière vivante sur la roche. J'ai souvent vu les guides faire comprendre combien l'image fixe pouvait se métamorphoser en animations et en mouvements sous l'effet de l'éclairage donnant aux dessins des caractères quasi magiques, l'apparition, la disparition, l'immobilité et la mobilité. Des ombres sur un mur ; les ombres bougeaient, mais le mur restait impénétrable1.

À l'invitation de notre guide, c'est nous qui bougeons mais à peine. Elle nous dispose en prenant toujours soin de la visibilité de chacun, des jeunes enfants en particulier. Elle demande si nous distinguons bien l'animal, si nous comprenons ses explications.

Ici contrairement à El Castillo, il n'y a pas de filet de protection au-devant des zones ornées, il faut toujours prendre garde de ne pas se frotter aux lignes rouges, ce qui explique le faible nombre de visiteurs admis dans la grotte.

Les dessins rouges de Covalanas se succèdent en un si petit espace, que j'ai dû mal aujourd'hui, dans le temps d'écriture qui n'est jamais celui de la visite, à me souvenir précisément de l'ordre des apparitions. Les spécialistes décrivent d'abord toutes les peintures de la paroi droite, puis celles de la paroi gauche et du diverticule, mais pour les amateurs dont je suis, le parcours rebondit comme une balle d'un côté à l'autre en avançant peu à peu vers les profondeurs.

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Nous changeons donc de paroi, nous tournant cette fois-ci sur notre gauche, pour découvrir très distinct, d'un rouge autrement intense, ce que je lis immédiatement comme un aurochs de profil bien que l'identification ait posé de nombreux problèmes, les uns voyant un cerf, les autres plus nombreux un renne. Ce qui est remarquable dans cette peinture, qui a plus d'un mètre de large, c’est l’utilisation du support naturel. Une lame de roche se détache de la paroi et le contour l'intègre à la perfection pour le dos et l'arrière-train de l'animal, l'effet de relief est saisissant, le support donne naissance au dessin. L'aurochs est traité en perspective, le ventre souligné par une double ligne de pointillés rouges, et l'on distingue les quatre membres inférieurs. La tête massive est penchée en avant, l’œil et le maxillaire sont visibles ainsi que la paire de cornes. Contrairement aux biches, l'intérieur du dessin est travaillé, une zone près du cou de l'animal est tamponnée de pointillés espacés, comme s'il y avait là une différence de couleur de robe a indiquer.

Les deux biches qui se trouvent à peine plus loin, sur le même côté gauche et regardant comme l'aurochs en direction de l'entrée de la grotte semblent d'un coup très primitives, presque grossières. Il y a bien un œil rond sur celle du bas mais seulement le cou, le dos, la ligne du ventre presque effacée. Quant à la biche du dessus, son cou est dressé verticalement en prolongement d'un corps énorme disproportionné, avec de minuscules pattes en pointillés. Le corps épouse la roche bombée à cet endroit. La guide nous explique que nous reverrons cette figure en sortant. De loin le relief du rocher disparaît, la forme de la biche change, devient harmonieuse dans ses proportions, comme si elle avait été conçue pour être vue à distance. Ce n'est pas la première fois que je vois ça, certaines gravures de Pair-non-Pair ont aussi ce pouvoir anamorphique.

Nous passons rapidement sur quelques marques rouges en-dessous des biches où on a vu un bovidé inversé et où je dois bien l'avouer je ne vois pas grand chose pour, sur le côté droit de la paroi, faire face à un grand panneau de plus de deux mètres de long, avec au moins cinq biches immédiatement visibles et une sixième plus délicate à apercevoir.

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Si tous les animaux de la paroi gauche sont tournés vers l'entrée de la grotte, ceux de la paroi droite sont diversement orientés, ainsi cette première biche, l'une des plus belles même si le rouge est parfois estompé, elle est complète et l'on a même ajouté des aplats de peinture sur la robe. La biche est tourné vers le fond de la grotte mais elle regarde derrière elle, observant vers l'entrée comme les deux suivantes, biches plus petites qui ont les oreilles dressées, le cou tendu, le corps de profil.

Les trois autres biches du panneau regardent vers les profondeurs, la première est à peine visible et en partie superposée à une biche tournée vers l'entrée, seule la dernière est complète mais mal proportionnée, le ventre est lourd sur des pattes réduites à un simple trait en pointillés rapprochés, le museau est plus court, il y a un œil.

Devant ce genre d'ensemble se posent les mêmes questions, les peintures ont-elles étaient faites au même moment ? Ont-elles une signification ensemble ou sont-elles purement indépendantes et seulement rapprochées dans une même unité thématique par notre interprétation moderne?

Si Leroi-Gourhan a écrit que Covalanas avait un caractère idéal et simple, c'est que l'unité saute aux yeux, les codes graphiques, les oreilles, les pattes, la technique utilisée et qu'on ne retrouve que dans cette région d'Espagne, tout indique l'organisation pensée du sanctuaire. Rarement comme ici je n'ai senti à quel point le cadre est imposé, rigoureusement suivi, ce que ne peut que confirmer, à peine plus loin, le dernier panneau à droite devant lequel nous nous arrêtons.

Dominant de sa taille, de sa présence, toutes les autres représentations, voici le cheval de Covalanas entouré de cinq biches aux tracés très incomplets, parfois seulement la tête et les oreilles. Les positions des biches, dont l'une se glisse quasiment sous la jugulaire du cheval, ont parfois fait penser à l'attaque d'une meute de loups, mais on reconnaît bien l'économie de moyens et les conventions déjà présentes dans les représentations antérieures.

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Le cheval, au centre de la composition, possède, comparé aux biches, un luxe de détails. Ses oreilles en V rappellent les autres représentations de la grotte. L’œil est une sorte de triangle, les naseaux sont visibles, le nez, la barbe avec son aplat de rouge. Le cou semble bien étroit, la crinière quasiment hachurée lui donne toute sa force et son épaisseur. Les jambes avant ne sont pas représentées. Seulement en pointillées, la ligne dorsale et ventrale, le poitrail. À l'inverse la croupe, les jambes arrière, la queue sont soulignées par un trait de double épaisseur. Il fait largement plus d'un mètre .

À la gauche du cheval, au-dessus des trois biches incomplètes, la guide nous montre un signe rectangulaire, tectiforme mais dont la visibilité est brouillé, la peinture rouge a comme bavé sur la roche, la calcification naturelle et peut-être les dégâts de l'inévitable nettoyage des parois qui ici comme ailleurs fut réalisé sans précautions.

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Nous n'irons pas plus loin dans la grotte, au-delà de trois marches le réseau devient impraticable, étroit. La guide évoque quelques traces là-bas, peut-être des représentations de vulves, et il nous reste encore à voir le diverticule, petite alcôve où l'on se glisse avec circonspection, où la teinte rouge a été protégée et apparaît vive, presque neuve. Il y a là trois biches et deux signes tectiformes, les deux plus belles biches se font face, orientées vers l'entrée de la grotte, l'une à droite, l'autre sur la paroi gauche, presque à la même hauteur, le trait large, vif, les pointillés assez rapprochés pour paraître une ligne continue. Celle de la paroi gauche, avec son œil, ses oreilles dressées, son petit aplat de peinture à la base du cou, a été choisie comme emblème de Covalanas. On a une impression de fraîcheur à la croire tout juste sèche.

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C’est fini, nous reprenons le couloir vers l’entrée, mais avant d’y parvenir, la guide nous arrête et le faisceau de sa lampe vient éclairer la biche anamorphique qui effectivement nous paraît à présent harmonieuse.

Je sors, le ciel s’est déchiré et la lumière frappe par endroit les sommets environnants. Je remercie et la guide s’excuse encore de ne pas parler français. Qu’importe je suis ébloui par le rouge de Covalanas, par la présence de ces dessins, l’unité de cette grotte. Les filles aussi ont appréciés la promenade.

Comme d’habitude c’est le temps du rassemblement, je dévale la pente qui nous ramène à la voiture, j’imagine ce que j’écrirai dans quelques semaines, quelques mois, de la rencontre des biches rouges. Je suis rasséréné.

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À l’aplomb de la grotte de Covalanas, quelques dizaines de mètres en contrebas, s’ouvre dans la falaise, l’imposante bouche d’El Mirón. Dans cette cavité, peu d’art pariétal, mais de l’art mobilier, propulseurs, gravures sur os, et de nombreuses traces d’une longue occupation 40 000 ans au bas mot. , au pied d’un bloc de calcaire, on a découvert en 2010, la sépulture bien conservée d'une femme âgée de 30 à 40 ans, son corps en position fœtale recouvert d'une ocre prélevée sur le mont Buciero qui domine l’océan près de Santoña, à 26 kilomètres. De petites fleurs jaunes avaient été éparpillées près d'elle.

On l'a surnommée la Dame Rouge.

Cette tombe qui date de 19 000 ans et qui se trouvait à l'endroit même où vivaient les occupants, bien visible de tous est donc possiblement contemporaine des biches de Covalanas, j'aimerais croire qu’elle est celle de l'artiste qui a peint et d'une certaine manière sanctuarisé la grotte de Covalanas et par là même un rituel particulier a été réservé à sa dépouille. Le bloc de calcaire pourrait être une pierre tombale, il est gravé de lignes dont certaines font penser à une vulve.

On a dû la vénérer longtemps, puisque l’on sait qu’un chien ou un loup indélicat a fouillé le sol pour trouver un os de la dépouille et que les habitants ont récupéré le fragment, l’ont à nouveau recouvert d’ocre, et remis à sa place.

Thierry Guilabert

1Cynthia Ozick, Le châle. Éditions de l'Olivier, 1991.

Les photographies, sauf la deuxième, sont issues du web.

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03 août 2017

Extension du domaine...

Les articles du blog Préhistoart vont être peu à peu publiés sur le site

https://thierryguilabert.wordpress.com/

N'hésitez pas à le parcourir.

À propos

(Photographie : Catherine et Bernard Desjeux) Ce site présente les divers livres de Thierry Guilabert. Une librairie intégrée permet de les commander avec comme petit plus une dédicace de l'auteur. On trouvera au fil des pages, des photographies, des articles de presse et des textes inédits.

http://thierryguilabert.wordpress.com

 

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28 août 2014

En attendant le Placard

En attendant un texte sur les gravures de la grotte du Placard à Vilhonneur.

Une jolie vidéo de Thomas Lebreuvaud au sujet d'Anne Paule Mousnier, artiste en art pariétal, trouvée sur le net.

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http://vimeo.com/68840597


 

 

 

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05 mai 2012

Arcy-sur-Cure

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     La cartographie des grottes ornées ouvertes au public, me laissait peu de chances de visiter rapidement Arcy-sur-Cure, au sud du département de l’Yonne : trop loin, trop isolée des autres hauts-lieux de l’art pariétal. Il fallu un voyage à la Charité-sur-Loire et une visite du Vézelay pour que l’occasion se présentât. Et encore, ce ne fut qu’une visite promenade et non une de ces explorations approfondies pour amoureux de la préhistoire... Il importe, telle qu’elle fût cette découverte fut une réussite grâce à une guide, aussi compétente que dynamique. Elle eût l’intelligence de prendre en compte l’intérêt du groupe pour l’art pariétal en s’éternisant moins sur les merveilles géologiques qui firent la célébrité de la grotte jusqu’en 1990.

     La pluie m'avait chassé du bord du canal du Nivernais et des roches du Saussois. De petites routes jusqu’au site, un immense parking, quelques mètres d’ascension, et un porche comme d’autres... Une grille verte barrant l’entrée, une végétation tombante… Presque toutes les entrées de grottes se ressemblent, celle-ci n’avait rien d’exceptionnel. Il était un peu plus de 13 heures 30, une visite venait de partir et l’on me proposa de la rejoindre.

 

     Le groupe, une vingtaine de personnes, stationnait à quelques mètres, passage obligé pour faire en quelques sorte l’historique de la caverne d’Arcy-sur-Cure.

    La rive gauche de la Cure est trouée de multiples cavités intéressant les préhistoriens, et que l'on peut découvrir en suivant un sentier. La plupart porte un nom d’animal, lion, loup, bison, renne, ours, cheval, hyène. Plus en aval, la Grande Grotte. Ces grottes ont été fouillées dès la fin du dix-neuvième siècle, puis après la seconde guerre mondiale par Leroi-Gourhan, l’autre pape de la préhistoire. Il étudia en autre des gravures dans la Grotte du Cheval, mais pas dans la Grande Grotte considérée comme vierge de tout art pariétal. Dans les années soixante, Arcy s’endort telle la belle au bois dormant, seule les visites payantes continuent d’animer le site aménagé.

 

     Mais l’histoire est facétieuse. Ainsi la Grande Grotte, son développement, pas moins de 500 mètres, son accès tranquille, en ont fait un lieu de visites depuis des époques lointaines. On y a systématiquement prélevé les concrétions naturelles pour des besoins de décorations quand la mode fut à l’imitation des grottes dans les riches jardins. On y a partout laissé des graffiti, Buffon lui-même, le grand Buffon aurait inscrit son nom sur la paroi, en 1762. On pénétrait dans la caverne avec des flambeaux qui noircissaient le calcaire. On avait un peu peur, les corps se touchaient, mais l'on venait de loin pour admirer cette curiosité naturelle.

     Les lieux ont longtemps appartenu au seigneur local qui siégeait dans le château de Chastenay : le comte de la Varende. Jusqu’à son décès en 2007, ignorant d’une révolution entreprise il y a plus de deux siècles, il voit le pays comme le sien, et gère son patrimoine : le château et la grotte. Ce personnage truculent avait hérité de la propriété en 1968. Il voulut créer un son et lumière dans la caverne, un long épisode judiciaire devait l’en empêcher. En 1976, alors qu’un procès lui retirait provisoirement l’administration d’Arcy-sur-Cure, on s’avisa que la fréquentation marquait le pas. Les gens se déplaçaient plus facilement, et il y avait d’autres grottes spectaculaires en France. Le gérant provisoire décida d’entreprendre un nettoyage systématique de la caverne afin de lui donner une blancheur virginale. Il fit projeter de l’eau chlorée sous pression, ce qui eut pour effet de littéralement décaper la Grande Grotte. Plus de parois sombres et sales. Mais ce qu’on ignorait alors, et qu’on devait ignorer jusqu’en 1990, année où Pierre Guilloré découvre le tracé d’un bouquetin noir… C’est que sous la calcite terne, tout un bestiaire ornait les parois. Et si, ce fut précisément ce nettoyage qui rendit possible la découverte de l’art pariétal dans la Grande Grotte, les chercheurs considèrent y avoir perdu 80% des œuvres cachées... Et pas seulement une ou deux représentations, mais plus de 170 détectés à ce jour, qui laissent supposer la richesse initiale de l’ensemble.

     En 1990, le comte retrouve la propriété complète de la grotte, décide d’exploiter le filon préhistorique et cherche des financements pour les chercheurs… Aujourd’hui, François de la Varende, son héritier, gère les dettes financières de son père, il a vendu le manoir, rangé la particule aux oubliettes et poursuit l'exploitation de la grotte.

 

     Nous débutâmes l’habituel parcours par les curiosités naturelles. La zone des peintures étaient situées tout au fond de la galerie ouest. La grotte se déploie en un V très allongé, certains y ont vu un diapason. A l’est, un secteur actif avec des lacs que nous apercevrons au retour. A l’ouest, une succession de salles remarquables dans un vaste couloir, sauf qu’à bien y regarder, la destruction systématique des concrétions, le nettoyage des parois, rendent le spectacle un peu triste et assez commun au regard d’autres cavités connues pour leurs merveilles naturelles. Il ne demeure de remarquable que les gros ensembles qu’on n’a pu briser.

    Nous eûmes donc droit à la vierge, à l’huître au calvaire à mesure que nous nous enfoncions dans la large galerie. Le groupe faisait des haltes régulières, et la guide s’exprimant en anglais puis en français commentait le milieu. Peut-être avait-elle aussi une préférence pour les dessins et peintures de la salle des vagues à l’extrémité de la grotte.

     L’absence d'œuvres pariétales dans cette partie de la grotte n’était pas que la conséquence du nettoyage. Certes des ponctuations avaient pu disparaître, mais la roche elle-même était mal adaptée aux artistes, pas de grands panneaux utilisables. Encore pouvais-je relativiser, à Bara-Bahau, les gravures ont été faites dans une paroi particulièrement peu pratique pour ce genre d’exercice.

 

     Nous atteignîmes le calvaire, reconnaissable à une magnifique concrétion brisée par l’affaissement du sol. A présent nous allions voir les peintures, et à vrai dire je ne savais à quoi m’attendre, les déceptions existent aussi dans la découverte des rares grottes ornées.

     Le groupe fit cercle autour d’un premier panneau, fit cercle est un bien grand mot, je contournais discrètement un éboulis pour être assez proche des unités graphiques qui ornaient la paroi. Le panneau n’était pas spectaculaire, mais on y distinguait une première main négative d’adulte rouge, et un petit bison bien inscrit dans le relief. Mais le plus bel élément, le plus émouvant, était sans doute à hauteur d’enfant une très belle main droite, plus petite que la précédente et qui indiquait sa présence au fond de cette grotte il y a environ 27 000 ans. Arcy, comme Gargas est un sanctuaire ancien.

     La guide nous décrivit la technique, la projection de pigments avec des spaghetti, c’est-à-dire de petites concrétions vides au milieu qui forment comme une paille. Sur la signification bien sûr elle ne savait rien, sinon des suppositions : un rite initiatique, une signature… La guide avait demandé l’aide d’une enfant qui tenant un éclairage directionnel était chargé d’isoler la figure, de lui donner un coup de projecteur, la main ocre et l’enfant qui l’éclairait formaient comme un couple inséparable à 27 000 ans de distance. En tout, on avait retrouvé sept mains négatives et une positive à Arcy.

     En fait, l’ensemble des peintures d’Arcy était invisible, caché sous la calcite, pour accoucher de la grotte, les chercheurs Dominique Baffier et Michel Girard, vont se lancer dans l’exploration systématique des parois à partir de photographies infrarouges et d’autres ultraviolets qui révèlent les peintures quasi-invisibles à l’œil nu. A partir de 1997, on passe à l’intervention directe sur la roche, avec une sorte de fraise abrasive, on amenuise lentement la couche terne de calcite jusqu’à atteindre une deuxième couche, elle translucide et protégeant les pigments. Ainsi, années après années, la Grande Grotte se révèle.

     C’est presque au fond de la galerie ouest, la salle des vagues, la salle du sanctuaire. On en verra qu’une toute petite part, l’entrée. Aller plus loin signifierait avancer à quatre pattes sur le dépôt naturel qui protège le sol préhistorique de la grotte où quelques sondages ont permis de retrouver des outils, des foyers, des pigments et des lampes et finalement de dater indirectement de l’Aurignacien les œuvres pariétales. Impossible de faire à vingt ou trente le genre d’exploration que l’on peut faire à deux ou trois à Bédailhac. Une pseudo-barrière de tubes en plastique déterminera donc notre avancée maximum sous ce plafond qui concentre la plupart des peintures. Mais de là même où nous sommes, on devine l’importance de l’ensemble, une corniche avec une véritable frise, un plafond avec partout des animaux, certains découverts, visibles, d’autres à découvrir.

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    Le rouge domine, mais l’on voit aussi quelques dessins noirs. Dessins parce qu’il s’agit essentiellement de contours vide, bien qu’il me semble apercevoir plus loin sur la corniche un mammouth où l’on aura figuré le pelage. J’écoute la guide, et comme d’habitude je laisse errer mon regard vers le fond de la salle, j’aperçois des zones traités à la fraise, des lignes noires ou rouges, des peintures que je ne verrai pas.

     Elle nous montre un formidable mégacéros dont les bois ne sont pas dessinés mais empruntés à la roche naturelle et l’illusion est parfaite. Une fois de plus, j’admire l’adaptabilité de l’artiste au relief, une fois de plus, je constate que c’est la grotte en quelque sorte qui dicte à la main : la ligne, la courbe, au final l’animal, dans un rapport qui pouvait être une pensée magique.

     La corniche ouest à quoi se limite notre découverte des peintures d’Arcy, se révèle riche en mammouths, petits et grands, plus ou moins stylisés, rouges ou noirs, et puis un ours, il y en a plusieurs dans la caverne, et tout un bestiaire d’animaux, un félin que l’on ne retrouve que dans les grottes les plus anciennes, bouquetins, rhinocéros, des oiseaux rares dans l’art pariétal et des poissons. La guide, se contente de nous montrer des animaux directement reconnaissables, et s’il est frustrant de se trouver à quelques mètres d’autres œuvres, celles que l’on voit ne laisse pas de doutes sur la richesse pariétale de la cavité. Il existe d’ailleurs une visite approfondie d’Arcy, assez longue pour venir jusque sous le plafond de la salle des vagues. Ce sera pour une autre fois.

     Je gagne du temps, pose quelques questions, désigne un ou deux dessins dont elle n’a pas parlé, ce petit mammouth là-bas dont on voit le pelage. Les mammouths d’Arcy ont vraiment un style particulier, souvent la ligne du front forme une courbe et se poursuit dessinant d’un même trait une défense. L’ensemble des figures est très schématique, aucun des détails qui font quinze mille ans plus tard la beauté des dessins et gravures de Rouffignac. Non, l’artiste est économe de ses gestes, en trois coups de charbon, il fait naître l’animal. Sans pouvoir d’abstraction, il n’aurait pas les bons outils pour faire figurer les détails, les proportions… Du moins pourrait-on le croire, tant qu’on n’a pas vu les phénoménales compositions de la Grotte Chauvet, les chevaux comme au fusain avec des nuances de noirs, des reliefs, les lions tendus vers leurs proies… Quelque chose d’effarant, réalisé des milliers d’années avant les dessins d’Arcy, et qui laisse au placard l’idée même de modernité dans l’art et toute la chronologie des styles de Leroi-Gourhan…

 

     La guide est patiente, elle prend le temps de nous le montrer, et quand il faut reprendre le chemin du retour, c’est qu’un groupe, plus rapide, plus nombreux, moins chanceux, stationne déjà à proximité du sanctuaire.

     Allez ! La visite n’est pas finie, nous console-t-elle, on va voir les lacs. Et c’est vrai nous verrons deux lacs souterrains de faible étendue. Dans le premier, le Lavoir des Fées, on a découvert des bactéries qui participent à la formation du calcaire, où l’on pensait que le processus était uniquement minéral, on parle à présent de « biocalcification ». C’est une révolution géologique. Le lac est couvert d’une pellicule blanche, on y a immergé une statue dégradé de la façade du Louvre et les bactéries bâtisseuses l’ont recalcifié. A présent, on laisse, par amusement un buste dans le lac, ça provoque des questions et le guide a son enchainement tout trouvé.

     La deuxième étendue d’eau nommée simplement : le Lac, est d’un autre genre : un magnifique miroir qui donne l’illusion de la profondeur en reflétant le plafond. Impression merveilleuse, pas une ride ne vient troubler la surface, juste l’effet d’un jardin zen souterrain. Nous sommes tout près de la sortie…

Thierry Guilabert


 

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