La ballade des grottes ornées

03 août 2017

Extension du domaine...

Les articles du blog Préhistoart vont être peu à peu publiés sur le site

https://thierryguilabert.wordpress.com/

N'hésitez pas à le parcourir.

À propos

(Photographie : Catherine et Bernard Desjeux) Ce site présente les divers livres de Thierry Guilabert. Une librairie intégrée permet de les commander avec comme petit plus une dédicace de l'auteur. On trouvera au fil des pages, des photographies, des articles de presse et des textes inédits.

http://thierryguilabert.wordpress.com

 

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28 août 2014

En attendant le Placard

En attendant un texte sur les gravures de la grotte du Placard à Vilhonneur.

Une jolie vidéo de Thomas Lebreuvaud au sujet d'Anne Paule Mousnier, artiste en art pariétal, trouvée sur le net.

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http://vimeo.com/68840597


 

 

 

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05 mai 2012

Arcy-sur-Cure

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     La cartographie des grottes ornées ouvertes au public, me laissait peu de chances de visiter rapidement Arcy-sur-Cure, au sud du département de l’Yonne : trop loin, trop isolée des autres hauts-lieux de l’art pariétal. Il fallu un voyage à la Charité-sur-Loire et une visite du Vézelay pour que l’occasion se présentât. Et encore, ce ne fut qu’une visite promenade et non une de ces explorations approfondies pour amoureux de la préhistoire... Il importe, telle qu’elle fût cette découverte fut une réussite grâce à une guide, aussi compétente que dynamique. Elle eût l’intelligence de prendre en compte l’intérêt du groupe pour l’art pariétal en s’éternisant moins sur les merveilles géologiques qui firent la célébrité de la grotte jusqu’en 1990.

     La pluie m'avait chassé du bord du canal du Nivernais et des roches du Saussois. De petites routes jusqu’au site, un immense parking, quelques mètres d’ascension, et un porche comme d’autres... Une grille verte barrant l’entrée, une végétation tombante… Presque toutes les entrées de grottes se ressemblent, celle-ci n’avait rien d’exceptionnel. Il était un peu plus de 13 heures 30, une visite venait de partir et l’on me proposa de la rejoindre.

 

     Le groupe, une vingtaine de personnes, stationnait à quelques mètres, passage obligé pour faire en quelques sorte l’historique de la caverne d’Arcy-sur-Cure.

    La rive gauche de la Cure est trouée de multiples cavités intéressant les préhistoriens, et que l'on peut découvrir en suivant un sentier. La plupart porte un nom d’animal, lion, loup, bison, renne, ours, cheval, hyène. Plus en aval, la Grande Grotte. Ces grottes ont été fouillées dès la fin du dix-neuvième siècle, puis après la seconde guerre mondiale par Leroi-Gourhan, l’autre pape de la préhistoire. Il étudia en autre des gravures dans la Grotte du Cheval, mais pas dans la Grande Grotte considérée comme vierge de tout art pariétal. Dans les années soixante, Arcy s’endort telle la belle au bois dormant, seule les visites payantes continuent d’animer le site aménagé.

 

     Mais l’histoire est facétieuse. Ainsi la Grande Grotte, son développement, pas moins de 500 mètres, son accès tranquille, en ont fait un lieu de visites depuis des époques lointaines. On y a systématiquement prélevé les concrétions naturelles pour des besoins de décorations quand la mode fut à l’imitation des grottes dans les riches jardins. On y a partout laissé des graffiti, Buffon lui-même, le grand Buffon aurait inscrit son nom sur la paroi, en 1762. On pénétrait dans la caverne avec des flambeaux qui noircissaient le calcaire. On avait un peu peur, les corps se touchaient, mais l'on venait de loin pour admirer cette curiosité naturelle.

     Les lieux ont longtemps appartenu au seigneur local qui siégeait dans le château de Chastenay : le comte de la Varende. Jusqu’à son décès en 2007, ignorant d’une révolution entreprise il y a plus de deux siècles, il voit le pays comme le sien, et gère son patrimoine : le château et la grotte. Ce personnage truculent avait hérité de la propriété en 1968. Il voulut créer un son et lumière dans la caverne, un long épisode judiciaire devait l’en empêcher. En 1976, alors qu’un procès lui retirait provisoirement l’administration d’Arcy-sur-Cure, on s’avisa que la fréquentation marquait le pas. Les gens se déplaçaient plus facilement, et il y avait d’autres grottes spectaculaires en France. Le gérant provisoire décida d’entreprendre un nettoyage systématique de la caverne afin de lui donner une blancheur virginale. Il fit projeter de l’eau chlorée sous pression, ce qui eut pour effet de littéralement décaper la Grande Grotte. Plus de parois sombres et sales. Mais ce qu’on ignorait alors, et qu’on devait ignorer jusqu’en 1990, année où Pierre Guilloré découvre le tracé d’un bouquetin noir… C’est que sous la calcite terne, tout un bestiaire ornait les parois. Et si, ce fut précisément ce nettoyage qui rendit possible la découverte de l’art pariétal dans la Grande Grotte, les chercheurs considèrent y avoir perdu 80% des œuvres cachées... Et pas seulement une ou deux représentations, mais plus de 170 détectés à ce jour, qui laissent supposer la richesse initiale de l’ensemble.

     En 1990, le comte retrouve la propriété complète de la grotte, décide d’exploiter le filon préhistorique et cherche des financements pour les chercheurs… Aujourd’hui, François de la Varende, son héritier, gère les dettes financières de son père, il a vendu le manoir, rangé la particule aux oubliettes et poursuit l'exploitation de la grotte.

 

     Nous débutâmes l’habituel parcours par les curiosités naturelles. La zone des peintures étaient situées tout au fond de la galerie ouest. La grotte se déploie en un V très allongé, certains y ont vu un diapason. A l’est, un secteur actif avec des lacs que nous apercevrons au retour. A l’ouest, une succession de salles remarquables dans un vaste couloir, sauf qu’à bien y regarder, la destruction systématique des concrétions, le nettoyage des parois, rendent le spectacle un peu triste et assez commun au regard d’autres cavités connues pour leurs merveilles naturelles. Il ne demeure de remarquable que les gros ensembles qu’on n’a pu briser.

    Nous eûmes donc droit à la vierge, à l’huître au calvaire à mesure que nous nous enfoncions dans la large galerie. Le groupe faisait des haltes régulières, et la guide s’exprimant en anglais puis en français commentait le milieu. Peut-être avait-elle aussi une préférence pour les dessins et peintures de la salle des vagues à l’extrémité de la grotte.

     L’absence d'œuvres pariétales dans cette partie de la grotte n’était pas que la conséquence du nettoyage. Certes des ponctuations avaient pu disparaître, mais la roche elle-même était mal adaptée aux artistes, pas de grands panneaux utilisables. Encore pouvais-je relativiser, à Bara-Bahau, les gravures ont été faites dans une paroi particulièrement peu pratique pour ce genre d’exercice.

 

     Nous atteignîmes le calvaire, reconnaissable à une magnifique concrétion brisée par l’affaissement du sol. A présent nous allions voir les peintures, et à vrai dire je ne savais à quoi m’attendre, les déceptions existent aussi dans la découverte des rares grottes ornées.

     Le groupe fit cercle autour d’un premier panneau, fit cercle est un bien grand mot, je contournais discrètement un éboulis pour être assez proche des unités graphiques qui ornaient la paroi. Le panneau n’était pas spectaculaire, mais on y distinguait une première main négative d’adulte rouge, et un petit bison bien inscrit dans le relief. Mais le plus bel élément, le plus émouvant, était sans doute à hauteur d’enfant une très belle main droite, plus petite que la précédente et qui indiquait sa présence au fond de cette grotte il y a environ 27 000 ans. Arcy, comme Gargas est un sanctuaire ancien.

     La guide nous décrivit la technique, la projection de pigments avec des spaghetti, c’est-à-dire de petites concrétions vides au milieu qui forment comme une paille. Sur la signification bien sûr elle ne savait rien, sinon des suppositions : un rite initiatique, une signature… La guide avait demandé l’aide d’une enfant qui tenant un éclairage directionnel était chargé d’isoler la figure, de lui donner un coup de projecteur, la main ocre et l’enfant qui l’éclairait formaient comme un couple inséparable à 27 000 ans de distance. En tout, on avait retrouvé sept mains négatives et une positive à Arcy.

     En fait, l’ensemble des peintures d’Arcy était invisible, caché sous la calcite, pour accoucher de la grotte, les chercheurs Dominique Baffier et Michel Girard, vont se lancer dans l’exploration systématique des parois à partir de photographies infrarouges et d’autres ultraviolets qui révèlent les peintures quasi-invisibles à l’œil nu. A partir de 1997, on passe à l’intervention directe sur la roche, avec une sorte de fraise abrasive, on amenuise lentement la couche terne de calcite jusqu’à atteindre une deuxième couche, elle translucide et protégeant les pigments. Ainsi, années après années, la Grande Grotte se révèle.

     C’est presque au fond de la galerie ouest, la salle des vagues, la salle du sanctuaire. On en verra qu’une toute petite part, l’entrée. Aller plus loin signifierait avancer à quatre pattes sur le dépôt naturel qui protège le sol préhistorique de la grotte où quelques sondages ont permis de retrouver des outils, des foyers, des pigments et des lampes et finalement de dater indirectement de l’Aurignacien les œuvres pariétales. Impossible de faire à vingt ou trente le genre d’exploration que l’on peut faire à deux ou trois à Bédailhac. Une pseudo-barrière de tubes en plastique déterminera donc notre avancée maximum sous ce plafond qui concentre la plupart des peintures. Mais de là même où nous sommes, on devine l’importance de l’ensemble, une corniche avec une véritable frise, un plafond avec partout des animaux, certains découverts, visibles, d’autres à découvrir.

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    Le rouge domine, mais l’on voit aussi quelques dessins noirs. Dessins parce qu’il s’agit essentiellement de contours vide, bien qu’il me semble apercevoir plus loin sur la corniche un mammouth où l’on aura figuré le pelage. J’écoute la guide, et comme d’habitude je laisse errer mon regard vers le fond de la salle, j’aperçois des zones traités à la fraise, des lignes noires ou rouges, des peintures que je ne verrai pas.

     Elle nous montre un formidable mégacéros dont les bois ne sont pas dessinés mais empruntés à la roche naturelle et l’illusion est parfaite. Une fois de plus, j’admire l’adaptabilité de l’artiste au relief, une fois de plus, je constate que c’est la grotte en quelque sorte qui dicte à la main : la ligne, la courbe, au final l’animal, dans un rapport qui pouvait être une pensée magique.

     La corniche ouest à quoi se limite notre découverte des peintures d’Arcy, se révèle riche en mammouths, petits et grands, plus ou moins stylisés, rouges ou noirs, et puis un ours, il y en a plusieurs dans la caverne, et tout un bestiaire d’animaux, un félin que l’on ne retrouve que dans les grottes les plus anciennes, bouquetins, rhinocéros, des oiseaux rares dans l’art pariétal et des poissons. La guide, se contente de nous montrer des animaux directement reconnaissables, et s’il est frustrant de se trouver à quelques mètres d’autres œuvres, celles que l’on voit ne laisse pas de doutes sur la richesse pariétale de la cavité. Il existe d’ailleurs une visite approfondie d’Arcy, assez longue pour venir jusque sous le plafond de la salle des vagues. Ce sera pour une autre fois.

     Je gagne du temps, pose quelques questions, désigne un ou deux dessins dont elle n’a pas parlé, ce petit mammouth là-bas dont on voit le pelage. Les mammouths d’Arcy ont vraiment un style particulier, souvent la ligne du front forme une courbe et se poursuit dessinant d’un même trait une défense. L’ensemble des figures est très schématique, aucun des détails qui font quinze mille ans plus tard la beauté des dessins et gravures de Rouffignac. Non, l’artiste est économe de ses gestes, en trois coups de charbon, il fait naître l’animal. Sans pouvoir d’abstraction, il n’aurait pas les bons outils pour faire figurer les détails, les proportions… Du moins pourrait-on le croire, tant qu’on n’a pas vu les phénoménales compositions de la Grotte Chauvet, les chevaux comme au fusain avec des nuances de noirs, des reliefs, les lions tendus vers leurs proies… Quelque chose d’effarant, réalisé des milliers d’années avant les dessins d’Arcy, et qui laisse au placard l’idée même de modernité dans l’art et toute la chronologie des styles de Leroi-Gourhan…

 

     La guide est patiente, elle prend le temps de nous le montrer, et quand il faut reprendre le chemin du retour, c’est qu’un groupe, plus rapide, plus nombreux, moins chanceux, stationne déjà à proximité du sanctuaire.

     Allez ! La visite n’est pas finie, nous console-t-elle, on va voir les lacs. Et c’est vrai nous verrons deux lacs souterrains de faible étendue. Dans le premier, le Lavoir des Fées, on a découvert des bactéries qui participent à la formation du calcaire, où l’on pensait que le processus était uniquement minéral, on parle à présent de « biocalcification ». C’est une révolution géologique. Le lac est couvert d’une pellicule blanche, on y a immergé une statue dégradé de la façade du Louvre et les bactéries bâtisseuses l’ont recalcifié. A présent, on laisse, par amusement un buste dans le lac, ça provoque des questions et le guide a son enchainement tout trouvé.

     La deuxième étendue d’eau nommée simplement : le Lac, est d’un autre genre : un magnifique miroir qui donne l’illusion de la profondeur en reflétant le plafond. Impression merveilleuse, pas une ride ne vient troubler la surface, juste l’effet d’un jardin zen souterrain. Nous sommes tout près de la sortie…

Thierry Guilabert


 

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22 janvier 2012

Villars, la préhistoire en passant

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     Au nord de Périgueux et de Brantôme, plus très loin du département de la Charente se situe la Grotte de Villars. Comme Arcy ou Isturitz, c’est une cavité que l’on visite d’abord pour ses charmes naturels, la préhistoire vient en passant. C’était ça, je passais par là avec famille et bagages venant d’Oléron et en direction de Limoges. C’était le début des vacances et pour éviter la circulation j’avais tracé un itinéraire bis, qui incluait une pause préhistoire.

     Les livres parlent peu de Villars, c’est une trouvaille relativement récente. En 1953, le spéléo-club de Périgueux fait la découverte d’un trou qui souffle sur le coteau du Cluzeau, l’exploration qui suit va révéler le plus grand réseau karstique souterrain du Périgord, on parle à ce jour de 13 kilomètres. Il fallut désobstruer l’entrée, ramper dans une chatière pour atteindre la grotte, vierge de tout graffiti, absolument neuve. A la fin de 1957, un long trait noir dans la salle dite des Cierges attira l’attention des spéléologues qui débouchèrent l’accès de la salle des Peintures en présence de l’Abbé Glory le 19 janvier 1958. Quelques mois plus tard, ce fut au vieux Breuil de venir authentifier les œuvres.

     C’était là l’histoire de Villars : de l’époque paléolithique, datées de 17 000 ans, quelques peintures dans une salle, que la calcification avait rendu comme d’anciens tatouages sur la peau humaines, l’oxyde de manganèse noir apparaissant sous la calcite d’un bleu légèrement passé… Je connaissais l’image du petit cheval qui était devenue le logo publicitaire de la grotte.

     L’aire d’accueil était impressionnante, grand parking aménagé, aire de jeux, tables pour les pique-niques, et encore buvette et boutique, le tout superbement entretenu. Je considérais la chose avec surprise au regard de tant d’autres sites dépourvus de tout. L’endroit était agréable, il faisait chaud.

     Nous prîmes les billets et l’on nous fit patienter quelques minutes avec un film sur la formation de la grotte sur lequel je ne jetais qu'un coup d'œil distrait. Les enfants s'intéressaient plus aux diverses babioles proposées dans la boutique.

 

     Un court chemin menait en plein bois à l’entrée de la caverne. Une entrée comme un tombeau, des murs austères, un escalier étroit et pentu qui dégringole vers la porte. La grotte avait été ouverte au public au lendemain des découvertes d’œuvres pariétales, aménagée et réaménagée. On avait non seulement couvert le sol d’un chemin antidérapant, mais aussi sonorisé le parcours, inventé des jeux de lumières, d’une manière que je jugeais maladroite. On était sans doute tombé dans l’excès, le rôle de la guide se bornant parfois à appuyer sur un bouton.

     Le parcours s’étendait sur cinq cents mètres environ, fait de salles aux belles concrétions, draperies, bénitiers, cierges, le tout mis en valeur, mais ne différant que très peu d’autres cavernes connues pour leur beauté. Je sentais poindre en moi un sentiment de lassitude, quant aux enfants, ils manifestaient un désintérêt total pour cette énième visite souterraine. Il pensait au repas, à la route et aux retrouvailles sur le lieu des vacances.

     Nous eûmes tout le loisir de franchir successivement la salle des bénitiers, le passage qui circulait dans un luxe de stalactites, puis le grand balcon, où nous surplombions une salle profonde. Là le jeu de lumières se double d’une sonorisation évoquant la création de la grotte, le torrent qui creuse le calcaire, à grand renfort de couleurs et de décibels, et juste au-dessus du vide. C'est le grand spectacle sensé m'impressionner et qui me laisse impavide, d’un froid sinistre, décidément le jour est mal choisi pour émerveiller, j’ai l’impression que cette visite ne m’apportera rien, juste une sorte d’intermède sur la route. Je ne suis plus de la première jeunesse, les cavernes j’en ai vu d’autres et pour lesquelles on n’avait pas besoin d'un attirail pour justifier le prix du billet.

 

     Avant la salle des Cierges, des griffades d’ours sont le premier témoignage de vie dans les galeries. Nous arrivons à la partie ornée, c'est-à-dire au terme de la visite, et la partie ornée, du moins ce que l’on nous en montre, ce qui est visible, se résume à peu de choses où s’étaient pourtant succédé tous les grands noms de la recherche à la fin des années cinquante. L’authenticité de la découverte ne faisait guère de doute, comme je l’ai déjà dit, les peintures avaient pour la plupart étaient recouvertes de calcite translucide. Selon l’épaisseur de cette calcite, la peinture apparaissait bleu ou estompée, à moins qu’elle n’est totalement disparue sous les coulées.

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     La guide nous invita à prendre place dans cette petite salle en forme de rotonde, devant la fresque des chevaux. C’était un ensemble de dimensions fort modeste. On y voyait une tête de cheval très distincte dont l’encolure disparaissait sous la calcite qui a cet endroit se faisait plus épaisse. A sa droite, un cheval en entier, qui devait mesurer quarante centimètres. Le trait, ce que je pouvais en juger, était maladroit, les proportions imprécises, et puis les coulées avaient délavé la peinture. L’ensemble était visible, mais comme frotté à l’éponge. En-dessous du cheval, au niveau de l’arrière-train, une grande corne de bovidé, le début d’une tête, le départ d’un dos et encore quelques traces de pigments.

     C’était le drame de Villars, il y avait d’autres peintures dans la grotte, mais elles n’existaient que prises dans un écrin de calcite, rendues invisibles par l’action de l’eau, celle-là même qui avait créé tant de belles draperies, de grandes concrétions.

 

     Comme le groupe avançait vers une autre peinture, je remarquais des stries sur la pierre, des gravures. J’en parlais à la guide qui confirma mais curieusement n’en dit pas plus. La fin de la visite était proche, et l’on devait filer. La préhistoire, c’était en passant…

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     Elle nous montra néanmoins les deux plus belles images de la salle. Le petit cheval bleu, la mascotte de Villars, tout en mouvement malgré la simplicité du trait et la quasi absence de détails. Il était comme au galop, en pleine extension, les pattes avants tendues vers l’appui, celles de derrière inachevées. Une longue queue prolongeait la ligne du dos. La tête surtout était imprécise, une petite pointe pour l’oreille, une tache pour l’œil, le trait épais et bavant comme l’empreinte de l’encre sur le buvard. Malgré sa rusticité, datant du Magdalénien ancien (si l’on peut encore utiliser ce type de classification après Chauvet) ce petit cheval bleu avait beaucoup de présence et je comprenais pourquoi il avait été distingué dès sa découverte.

     La dernière peinture que l’on voit à Villars est sans doute la plus intéressante. Elle n’est pas bleue mais noire, sur une partie à l’abri des coulées, elle a gardé sa teinte d’origine. C’est une scène toute petite, un bison d’à peine vingt centimètres mais bien reconnaissable, la tête basse, les cornes effilées, non pas campé mais en mouvement, la queue haute. La position des pattes avant indique qu’il charge, s’apprête à charger ou bien frappe le sol de la patte gauche avec l’intention de charger. C’est que devant le frontal de la bête, juste séparé de lui par une fissure dans la roche, se dresse un anthropomorphe, sans doute un homme, bien campé lui, sur ses deux jambes fléchies, les bras en l’air, semblant attendre la charge dans la position caractéristique du banderillero, c'est-à-dire comme pour sauter et esquiver l’animal tout en le perçant.

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     Derrière la tête de l’homme (en vérité, à peine un homme, les pieds seuls sont indubitablement humains, sans quoi ce pourrait être un fauve, sans quoi on raconterait une autre histoire) une sorte de crinière, ou un masque... De toute façon l’image est assez dégradée, et la traduction que les préhistoriens en donne, largement soumise à caution. Glory, y voit un masque en bec d’oiseau, pense à la scène de chasse du puits de Lascaux, au sorcier de Saint-Cirq, à celui de la grotte des Trois-Frères. On y voit un acte rituel, une sorte de corrida préhistorique. Le culte du taureau existait déjà chez les Crétois, pourquoi pas antérieurement…

     Derrière l’homme une trace en pigment rouge, indistincte. Peut-être, pourquoi pas, le piège dans lequel il est sensé attirer la bête. 

 

     Les images de cette nature sont infiniment rares dans l'art des cavernes, celle-ci me fait davantage penser à ce sorcier orné de bois de cerf de la grotte des Trois-Frères que je ne verrais jamais qu'en photographies qu'à Lascaux ou Saint-Cirq dont les représentations humaines sont ithyphalliques, c'est à dire éminemment sexués.

 

     Il me resta donc un petit cheval bleu et une scène de tauromachie de ma visite à Villars. Peu de choses au regard d'autres sites mieux fournis. On ne peut pas toujours gagner, se répandre à chaque fois en émerveillements plus ou moins sincères et toujours reconstruits après coup… Il m’a fallu un an avant d’écrire ces quelques lignes, ne sachant comment aborder cette grotte et pourtant je ne pouvais m’y soustraire. Sans doute, d’autres visiteurs, mieux lunés que moi, trouveraient mon récit injuste, ils auront rencontré le petit cheval bleu sous un meilleur angle, avec plus de passion et autrement qu’en passant dans les galeries de Villars. Sans doute…

 

Thierry Guilabert


 

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