isturitz0000

Vallée de l'Arberoue - photo perso.

Je roulais sous la pluie depuis une heure et ça n’avait pas l’air de vouloir s’arranger. Les premières collines tout embrumées étaient loin d’être accueillantes et j’espérais sans y croire que le jeu en valait la chandelle.

 La grotte d’Isturitz, ou je devrais dire les grottes d’Oxocelhaya et Isturitz, ont mauvaise presse. Les guides de vulgarisation de l’art pariétal les évoquent à peine, c’est qu’elles sont essentiellement connues pour les merveilles géologiques qu’elles renferment, grottes naturelles aux multiples concrétions évocatrices, draperies, gours… Néanmoins, à côté de la traditionnelle découverte familiale existe une fois par semaine, le dimanche, une visite-conférence spécial-préhistoire, qui dure plus de deux heures.

 

A mesure que je parcourais les routes sinueuses du pays Basque, le décor était de plus en plus vallonné, c’étaient de curieux mamelons, parcourus de clôtures en bois avec des troupeaux paissant tranquillement une herbe bien grasse et aux pieds de ces hauteurs d’immenses fermes de géants, blanches à volets rouges. Une carte postale, dépaysante au possible, la vallée de l’Arberoue est une merveille, me dis-je, c’est toujours ça de gagné.

Photo_026

La pluie n’avait pas cessé un instant et j’étais largement en avance. Un chemin conduisait à pied en quelques minutes à l’entrée de la grotte, il y avait là un bâtiment d’accueil moderne et le porche d’entrée assez modeste sur la porte duquel était peinte une scène naïve d’une famille vue de dos pénétrant dans la grotte. Une charmante dame m’accueillit, j’avais le temps de visiter le petit musée qui contenait des reproductions des pièces d’art mobilier. Passé la traditionnelle boutique, quelques marches en contrebas, était installé un espace au contenu remarquable.

La chose est assez rare pour être signalée, d’habitude ces salles d’exposition font office de salle d’attente et n’offrent au curieux que de pauvres vestiges mal éclairés et ne le distrayant qu’une minute. Celle d’Isturitz, pas très grande, à le mérite de présenter convenablement dans des vitrines de véritables chef-d’œuvre.  

 

Photo_039

 

Ce sont d’abord des baguettes demi-rondes au décor ciselé. Des motifs abstraits faits de courbes, de stries, de figures géométriques. Je ne sais à quoi elles pouvaient servir, usage banal ou signe de pouvoir ? Redresseurs de flèches comme les utilisaient les indiens ou Bâton de commandement comme on les a nommées. Elles sont richement ornées mais contrairement au reste de l’industrie osseuse découverte à Isturitz, sans volonté figurative.

Photo_003

Ensuite viennent les têtes de cheval finement ciselées dans la base de la grande corne d’un os hyoïde d’équidé, cet os présente naturellement la forme de la tête de l’animal, gravé, percé d’un trou pour être porté en pendeloque.

Photo_013

Il y a aussi des flûtes, vingt-deux ont été retrouvées, une des plus importantes séries connues, elles ont entre un et quatre trous, et permettent d’intégrer la musique aux arts que pratique couramment Cro-Magnon.

Les séries d’objets, voilà ce qui m’a d’abord surpris à Isturitz, les préhistoriens avaient découvert une véritable industrie osseuse et lithique. Pas seulement une grotte, un véritable centre de vie, une aire de regroupement qui devait rayonner à des dizaines de kilomètres à la ronde. Isturitz était sans doute un haut lieu de l’art manufacturier, on venait de loin y acquérir des bijoux, des parures, des objets de prestige et de pouvoir, des signes extérieurs de richesse.

Photo_005

 

Il y avait encore des œuvres uniques, un étonnant phallus avec ses bourses, des bisons gravés sur des plaquettes en os, la silhouette d’un oiseau, ou celle d’un petit félin percé de deux trous, mais le plus remarquable sans doute était cette étonnante scène sur os, une lame de dix centimètres, d’un côté un bison et l’arrière-train d’un second, des signes dit barbelés qui sont fréquents dans l’art d’Isturitz, qui sont comme des flèches munies de plusieurs rangs d’ailettes. Sur l’autre face, deux femmes, l’une suivant l’autre, l’une avec des colliers autour du cou et des mains, le visage, bouche, œil, nez, une main grossière, l’autre un collier autour d’une cheville, un sein, et un signe barbelé sur la cuisse, le même que l’animal. On dirait qu’elles rampent sur le sol, et je me demande si ce qui m’apparaît comme des colliers ne serait pas davantage des entraves, si je n’aurais pas affaire à quelques scènes de soumission, d’un côté l’animal chassé, de l’autre la femme asservie. Un peu faible j’en conviens, nul ne peut dire comment on lisait l’image au moment de la splendeur d’Isturitz.

 

Pour la visite de onze heures nous serons quatre plus Aude notre guide. Aude est médiatrice en préhistoire, diplômée de troisième cycle, c’est une spécialiste qui va nous guider dans la caverne, longuement s’attarder sur chaque point remarquable. A Isturitz plus qu’ailleurs, on a décidé de privilégier les passionnés, on différencie, pour reprendre un terme de pédagogie, les géologues amateurs, les préhistoriens en herbe et le simple vacancier qui souhaite admirer les merveilles naturelles. D’ailleurs, et c’est unique, nous transporterons un petit pliant durant la visite afin de nous asseoir pour écouter les plus longues parties de la conférence.

Après le visionnage d’une brève vidéo sur la grotte, Aude nous réunit sous le porche d’entrée. Elle nous présente la colline de Gaztelu qui abrite non pas une grotte mais trois, Isturitz la plus haute et géologiquement la plus ancienne ; Oxcelhaya ; et la plus récente dans laquelle circule encore la rivière Arberoue, la grotte d’Erberua. La variation du niveau de l’eau aux différentes époques géologiques, explique ces trois creusements successifs. Et chance, ces trois galeries sont ornées.

Imaginez, l’Arberoue coulant entre ces collines, et elle désigne le paysage devant nous, un climat froid l’hiver mais tempéré en été grâce à l’océan tout proche, et des troupeaux immenses venant s’abreuver, des bisons, des chevaux, des cerfs et plus tard avec le refroidissement, des rennes, des rhinocéros laineux, des antilopes saïga. Une immense réserve de nourriture pour l’homme, juste là, à portée d’armes. Un porche d’entrée, plus large, plus avancé qu’aujourd’hui, une autre ouverture au nord. Une grotte où la lumière pénètre largement et vous avez l’explication d’une occupation par l’homme, vieille de 80 000 ans sous la colline de Gaztelu, du moustérien au magdalénien, et au-delà du néolithique jusqu’à la période historique, aussi comprend-on mieux l’importance quasi-mythologique de cette colline pour les Basques.

Longtemps, des légendes baignèrent la grotte de magie. Elle était peuplée, disait-on de laminak, l’un de leurs royaumes, lutins farceurs, petites créatures parfois bienveillantes, parfois terribles ne sortant que la nuit. Ils étaient riches, travailleurs et offraient souvent leur aide aux hommes quand les hommes croyaient encore en l’existence des outre-mondes.

 

Jusqu’aux XIXème siècles, si l’on connaît la grotte à Saint-Martin d’Arberoue, on se garde d’y pénétrer. Le porche d’entrée actuel s’est effondré à l’époque aurignacienne, on y accède alors par la grande salle d’Isturitz, et il faut attendre la vogue du tourisme souterrain, vers la fin du siècle pour voir des visiteurs venir admirer les merveilles naturelles de la grotte. On ignore alors l’existence d’Oxocelhaya et d’Erberua.

Tandis qu’elle prend son temps pour nous raconter tout ça, je m’impatiente sous le porche. Il pleut toujours et j’ai envie de fuir cette lumière blafarde à la recherche des laminak. Je ne sais pas bien ce que nous verrons derrière la porte, peut-être très peu de peintures ou gravures, mais Aude me semble capable de faire passer n’importe quelle citrouille pour un carrosse.

En plus d’être préhistorienne, c’est une conteuse, elle sait poser sa voix, ménager des silences, créer des attentes. Elle nous raconte Isturitz, elle nous décrit ce que nous allons découvrir immédiatement en pénétrant dans la salle Saint-Martin. Des ossements humains par centaines datant de l’âge du Bronze, vers 5000 avant notre ère. Une zone sépulcrale dans laquelle les recherches viennent de reprendre. Elle ouvre et nous voici dans la fameuse salle, le plafond en est bas, ça n’a pas la grandeur extraordinaire qu’on pourrait attendre, ça fait plutôt penser à quelques galeries de mines, l’entrée de ce côté n’a été dégagée qu’en 1912 mais elle a longtemps existé. Le jour pénétrait alors largement dans la salle, et les divers recoins rendent aisée l’utilisation de la grotte en habitat. Aude nous montre au bord du cheminement des dizaines de fragments d’os humain, il y en a énormément, on déposait le mort et plus tard on éparpillait les os pour faire de la place au suivant. On trouve quelques colliers de perles et autres éléments de parure. Le sol n’est pas plat, des dépôts argileux se sont accumulés par endroits et là-dedans les premiers à s’intéresser à Isturitz découvrent des outils, des objets.

Les premiers ne furent pas des préhistoriens mais des industriels à la recherche de phosphate ou de guano de chauves-souris. Ils mettent à jour de grandes quantités de ce guano naturel naît de l’entassement d’os d’ours des cavernes sur plusieurs mètres d’épaisseur. C’est que la grotte a été l’un de leur repaire, et qu’ils ont dû mourir ici par centaines pour que l’on trouve une terre si riche en ossements. Je savais que le comportement social de l’ours des cavernes était assez mystérieux, à Rouffignac on m’avait affirmé qu’il occupait la grotte mais seul, ne supportant pas la compagnie d’autres congénères, ici, on n’en est plus très sûr, bref il est venu, et l’intéressant, c’est qu’il ait colonisé le lieu entre deux occupations humaines, peut-être les derniers néandertaliens et les premiers Cro-Magnon.

Aude nous amène au bas du talus qui descend depuis l’entrée, là sur la droite une zone de fouille est protégée, on voit aussi une coupe stratigraphique et au fond de cette partie inaccessible dans l’ombre, la salle des phosphates. C’est le lieu d’une longue station, nous l’écoutons assit nous raconter l’histoire d’Isturitz et de ses fouilles…

 

Les ouvriers qui exploitaient les phosphates dans les années 1890 dégradèrent considérablement les sols archéologiques mais sur une zone restreinte. Ils trouvaient régulièrement des outils de silex et de l’art mobilier qu’ils eurent l’idée de vendre pour compléter leurs revenues.

La valeur du gisement est reconnue par Edouard Piette, un procès s’en suit permettant d’arrêter l’exploitation dès 1895. Les méandres de cette petite histoire sont plus compliqués, mais n’entrons pas trop dans les détails. Il suffit de savoir que la colline de Gaztelu appartient à deux propriétaires différents et s’étend sur deux communes : Saint-Martin et Isturitz, possédant depuis 1912 chacune une entrée, que ces deux propriétaires ne s’entendent guère, vieille haine ancestrale et que fait unique à ma connaissance, à l’intérieur même des grottes, sont toujours élevées des séparations, des grilles, empêchant d’accéder à certains secteurs. On ne rigole pas avec la propriété souterraine.

La fouille stratigraphique que nous avons sous les yeux, date des premières recherches sérieuses en 1912 par Emmanuel Passemard. Passemard est le personnage important de l’histoire, c’est lui qui découvre dans la grande salle le pilier gravé et fait d’Isturitz une grotte ornée. C’est lui qui prouve par l’étude stratigraphique l’occupation d’Isturitz dès le Moustérien inférieur il y a 80 000 ans par les hommes de Neandertal, puis leur remplacement d’abord par les ours ensuite par Homo Sapiens dès le Proto Aurignacien, il y a 45 000 ans. Une des plus anciennes occupations que l’on connaisse en Europe de l’ouest. Cette stratigraphie montre en outre deux périodes d’occupation très importantes, le Gravettien, entre 30 000 et 25 000 ans BP ( Before Present ) et le Magdalenien moyen et supérieur entre 17 000 et 15 000 ans BP. Le nombre d’objets découverts est phénoménal : plusieurs dizaines de milliers et les fouilles actuelles s’attachent à préciser la chronologie de la grotte et peut-être à bouleverser les connaissances en la matière. Du travail pour des générations de spécialistes.

Après Passemard, de 1928 à 1959, le couple de Saint-Perrier poursuit les recherches dans Isturitz, découvre en particulier dans la salle Saint-Martin, de merveilleuses représentations sur os. La comtesse de Saint-Perrier fut longtemps à la recherche d’une Vénus d’Isturitz qu’elle ne trouva jamais.

 

           Ayant fini cette longue station, Aude nous entraîne dans la salle Isturitz. Le décor change du tout au tout. L’espace est immense, 110 mètres de long, quinze de haut. On aperçoit un peu de lumière, l’entrée nord aujourd’hui murée et qui donnait sur un talus abrupt. C’est dans cette salle très lumineuse à l’époque que s’établit au Magdalénien une industrie florissante dont on a retrouvé les traces, les foyers, les objets conçus en série. Là, dans un vaste renfoncement qui protège des courants d’air, les ateliers, les flûtes, les pendeloques et autres objets qui firent d’Isturitz un lieu d’influence pour toute la région. Les préhistoriens parlent de site de regroupement, ou d’agrégat dès le début de l’Aurignatien. Il est vrai que les dimensions de la caverne, sa luminosité naturelle en font un habitat privilégié durant cette période froide. Ici, on a à la fois l’habitat et l’art.

À proximité d’un pilier stalagmitique s’ouvre l’escalier qui conduit à la deuxième grotte, une douzaine de mètres en dessous. Oxocelhaya n’a été découverte qu’en 1929, et sa beauté géologique ont conduit rapidement à une exploitation touristique. Pour faciliter le passage entre les deux niveaux, une jonction est réalisée en 1953.

 

istur001_04

Nous prenons place sur une plateforme bétonnée, le pilier stalagmitique en face de nous. Aude nous explique qu’on a découvert un vaste foyer de plus d’un mètre de large à sa base, avec des traces d’os. Oui, les os servaient au feu à cette époque où le bois était rare et précieux, les graisses brûlaient lentement mais sans grand pouvoir calorifique. La taille du foyer fait penser à un lieu de réunion, de palabres. Les ateliers sont juste à côté, on pouvait se rassembler, discuter, échanges, ou magie, les deux peut-être, nous n’en savons rien.

Ce que nous savons en revanche, c’est que l’endroit n’est pas choisi au hasard, outre sa position dans la grande salle, toutes les traces d’art pariétal dans la grotte d’Isturitz sont concentrées sur ce pilier. L’homme a laissé de la gravure, de la sculpture. Aude illumine le pilier, c’est une merveille.   

           Sur la gauche, profondément gravé, un renne de quatre-vingts centimètres, les pattes précisément dessinées. Il semble un peu déséquilibré sur l’arrière. Sur ce renne se superposent deux gravures plus petites de quadrupèdes acéphales, peut-être des bouquetins mais ce n’est pas sûr. Sur la droite du pilier, très érodé, un ours sur la croupe d’un autre animal, renne ou cerf, pour Aude c’est un glouton, particulièrement féroce, capable de se jeter sur le dos de ses victimes. Cette partie, presque en bas-relief me fait penser indubitablement à du Magdalénien moyen, à des sculptures vues sur le site de la Chaire-à-Calvin. Au-dessus de l’ours une gravure de bouquetin et un de ces signes étranges, quadrangulaires, incompréhensibles que l’on trouve dans les grottes ornées et sur lesquelles on s’échine en vain à proposer quelques interprétations.

istur001_03

J’ai l’impression de voir l’une à côté de l’autre plusieurs périodes distinctes d’art, plusieurs techniques qui cohabitent mais ne furent sans doute pas contemporaines l’une de l’autre. Je pense aux gravures des Combarelles dont certaines sont grossières, à peine reconnaissables, où le geste compte peut-être plus que le résultat, et d’autres merveilles de détails, ou l’artiste à longuement œuvré.

Quoi qu’il en soit, ce pilier à lui seul mérite la visite d’Isturitz. Il est unique dans la mesure où il semble avoir été au centre d’une organisation sociale complexe : habitats, ateliers de fabrication, économie et influence culturelle d’un lieu privilégié sur toute une région.

 

           Nous descendions les 86 marches qui mènent à Oxocelhaya. La grotte que nous allions à présent visiter n’avait pas servi d’habitat, elle se développait sur 200 mètres avec de fantastiques concressions. Cro-Magnon y accédait par une autre entrée dans la colline de Gaztelu. Les premières fouilles n’avaient eu lieu qu’en 1955. Georges Laplace avait découvert des œuvres gravées et peintes dans la galerie qui porte aujourd’hui son nom. Or, cette galerie s’ouvrait à proximité de l’escalier. Il y avait une barrière et des flaques d’eau stagnaient. Quelques dessins, des gravures de chevaux que nous allions voir. La galerie n’était ouverte que pour les visites thématiques, d’ailleurs les œuvres finement gravées en de grands panneaux étaient très difficiles à voir.

 

La présence de cheval dans une grotte ornée Basque n’a rien d’étrange. Qui connaît les montagnes de ce pays a vu les pottoks courir librement dans les herbages d’altitude.

La première œuvre que nous montra Aude fut le dessin au noir de manganèse d’un petit cheval assez grossier mais tirant curieusement la langue, la ligne dorsale me faisant penser à un bison. Ce cheval était en quelque sorte la mascotte des grottes, celui qu’on retrouvait sur les prospectus. Il y avait une autre tête de cheval semblable qui pouvait faire penser à un repenti, un début de dessin qu’on aurait abandonné.

Ensuite, lentement et y revenant plusieurs fois, Aude nous fit voir les grandes gravures, trois chevaux qui se suivaient sur presque cinq mètres. Le trait était très fin, quasiment invisible, des rayures sur la pierre. Il fallait beaucoup d’attention pour que se révèle enfin la tête qui avait quelque chose du loup, la crinière bien marquée de stries verticales, le dos tout entier. On avait représenté que la partie supérieure de l’animal, et ainsi ils se suivaient vers le fond de la galerie, sur une roche fragile en écaille. En face c’étaient de belles draperies de calcite et au fond une petite salle, une sorte de cabinet avec des gours et de belles parois blanches ignorées par les préhistoriques.

 

Il y avait d’autres zones ornées dans Oxocelhaya, notamment un panneau découvert en 1982 par Jean-Daniel Larribau, avec des tracés digitaux, un bison, des chevaux sur lesquels on a voulu voir la représentation d’un licol c'est-à-dire d’un élément prouvant la domestication de l’animal dès l’époque Magdalénienne. Il s’agit là encore d’interprétations. Cette galerie d’accès difficile ne se visite pas et restera pour nous une bouche d’ombre mais l’on a pris la peine de placer à proximité quelques photographies et relevés pour le public.

 

La visite se termine, elle dure depuis plus de deux heures. Aude nous entraîne au pas de course à travers les merveilles géologiques de la grotte, piliers aux formes suggestives, draperies, couleurs allant de l’ocre au blanc. Nous ne sommes pas là pour contempler ces curiosités, il faudra revenir. Sur le chemin, elle nous montre près du sol, des ponctuations rouges, des signes très peu visibles que l’on retrouve ailleurs dans la cavité, comme un discret balisage du sentier souterrain. Elle nous parle alors de la troisième cavité Erberua.

C’est une caverne active dans laquelle circule la rivière Arberoue découverte en 1973. Pour l’atteindre il faut être spéléologue et aussi plongeur. Le long de la rivière, une salle ornée, un sol archéologique intact avec des foyers, des outils, des os, des empreintes, et puis des peintures, des gravures, des modelages. Elle renferme plus d’art pariétal que les deux niveaux supérieurs, et des cercles de pierres… Cette grotte, c’est la promesse d’un immense travail à venir, malheureusement elle n’a été que très peu étudiée. D’une part les découvertes de Cosquer et Chauvet ont mobilisé les spécialistes dans les années quatre-vingt-dix ne permettant pas le déploiement d’une équipe susceptible de mener à bien les recherches, d’autre part la seule entrée sous-marine utilisable appartient à l’autre propriétaire de la grotte qui à ce jour n’autorise pas l’exploration. Gageons néanmoins qu’un compromis sera bientôt trouvé pour que débute un inventaire complet d’Erberua qu’on a vite nommé : le Lascaux du Pays Basque.

 

Photo_014

Il est treize heures trente quand nous débouchons à l’air libre. Le soleil est revenu, les vertes collines de la vallée de l’Arberoue resplendissent sous la lumière retrouvée. L’immersion en sous-sol a été profonde, longue, intense malgré le faible nombre de vestiges accessibles. Le froid humide qui nous a toujours accompagné se dissipe en un instant.

Voilà, je reprends le chemin, l’esprit quinze mille ans en arrière, dans un sentiment d’irréalité, une légère euphorie qui se dissipera lentement comme les effets d’une drogue, une addiction à l’art pariétal.

 

 

 

Thierry Guilabert