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     Jusqu’au 14 novembre, le travail de Serge Pey est l’objet d’une magnifique exposition aux Abattoirs musée d'art contemporain de Toulouse. Serge Pey est avant tout un poète avec qui j’ai eu l’occasion de travailler en 1987 pour les Rencontres Internationales de Poésie et plus tard lors d’un hommage au poète Jiri Volf qui fut de mes amis. Depuis toujours, Serge écrit sur des bâtons, d’une écriture minuscule que lui seul parvient à déchiffrer, ses interprétations sont de véritables performances, proches de la transe chamanique.

 

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     La préhistoire est l’un de ses domaines, il expose aussi bien dans la grotte du Mas-d’Azil qu’il connaît depuis l’enfance, que dans le Parc de Tarascon-sur-Ariège. A Toulouse, il a selon ses dires grottifié le musée des abattoirs de grands panneaux d’ardoises tracés de fresques aux lignes connues, sorciers, animaux, et dans ces corps souvent sa fine écriture.

 

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     Mais son utilisation de la préhistoire se double ici d’un geste politique. Son exposition est un hommage à Swatche, rebaptisée Saartje Baartman vénus Hottentote.

 

                                                               venus_hottentot_baartmanC’est une histoire vraie et tragique, de celles qui ne font pas honneur à la patrie des droits de l’homme. Swatche est née en 1789 en Afrique du Sud, asservie à un colon Boer, elle est exhibée en Angleterre à partir de 1810. Humiliée, violée, à cause de sa morphologie, ses fesses surdimensionnées ( Swatche est atteinte de stéatopygie), elle arrive à Paris en 1814, elle est exhibée avec les animaux. Elle meurt misérablement en 1815.

 

     Le célèbre Georges Cuvier, fait un moulage de son corps et prélève les organes génitaux, le squelette, le cerveau. De lui, ces lignes terribles : « Ses mouvements avaient quelque chose de brusque et de capricieux qui rappelait ceux du singe. Elle avait surtout une manière de faire saillir ses lèvres tout à fait pareille à ce que nous avons observé dans l’orang-outang. »; « Le nègre, comme on le sait, a le museau saillant, et la face et le crâne comprimé par les côtés ; le Calmouque a le museau plat et la face élargie ; dans l’un et l’autre les os du nez sont plus petits et plus plats que dans l’Européen. Notre Boschimane a le museau plus saillant encore que le nègre, la face plus élargie que le calmouque, et les os du nez plus plats que l’un et l’autre. A ce dernier égard, surtout, je n’ai jamais vu de tête humaine plus semblable aux singes que la sienne »

 

 venus_hottentot_sawtche La beauté de Swatche ne correspond pas une culture occidentale profondément raciste et certaine de sa supériorité, de son exhibition devant les foules masculines Stephen Jay Gould écrira : " La Vénus hottentote conquit dans sa renommée en tant qu'objet sexuel, et la combinaison de sa bestialité supposée et de la fascination lascive qu'elle exerçait sur les hommes retenait toute leur attention; ils avaient du plaisir à regarder Saartjie mais ils pouvaient également se rassurer avec suffisance: ils étaient supérieurs ", quelque chose dans les formes du corps de Swatche ne cesse de nous appeler, de nous parler de temps immémoriaux. De déesse mère et de ventre fécond…

 

  Les restes de Swatche n’ont été restitués à l’Afrique du Sud qu’en 2002. Le moulage de son corps fut exposé dans la galerie de la préhistoire du Musée de l’Homme tant les formes généreuses de Swatche rappelaient certaines des statuettes des Vénus Préhistoriques, de Willendorf, de Sireuil de Lespugue. A croire que chez nos lointains ancêtres la stéatopygie était l’occasion d’un culte à la beauté féminine.

 

 

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